Ghostland: Quand l'histoire et l'interprétation surpassent la technique

Quatrième film de Pascal Laugier, "Ghostland" est un film d'horreur qui se déroule en bonne partie à huit clos et dont toutes les références renvoient vers les classiques américains du genre L'histoire suit une mère et ses deux filles adolescentes alors qu'elles emménagent dans une veille et immense maison isolée, héritée d'une tante qui y vivait seule. Dès leur première nuit sur place, elles sont victimes d'une sauvage agression qui se conclut par un bain de sang. Près de quinze ans plus tard, les trois femmes sont réunies pour la première fois sous ce même toit mais le cauchemar ne fait pourtant que commencer.  Le charme principal de ce film est qu'en allant le voir, le spectateur n'a qu'une idée assez vague de ce à quoi il va assister et ne sait finalement pas s'il va avoir à faire à du surnaturel, du monstrueux ou de la violence ordinaire, son titre n'étant pas une indication mais en réalité le nom d'un roman cité dans le film. Si "Ghostland" est plutôt bien réalisé, on est bien forcé de constater dès les premières minutes, la présence d'une succession de clichés propre à ce cinéma à commencer par le plus évident, la représentation de la demeure au centre de l'intrigue. Escaliers qui craquent, têtes d'animaux empaillés accrochées aux murs, collections de poupées, on aurait pas vraiment été étonné d'apprendre qu'elle a été construite sur un ancien cimetière indien. Tout au long du film, on remarque ce genre de détails y compris dans la mise en scène avec des effets vus et revus, pas rédhibitoires mais qui auraient pu être plus nuancés. Passons vite cette mini-parenthèse négative pour se concentrer sur l'essentiel car disons le tout de suite, "Ghostland" est une réussite notamment due à un bon scénario dont les twists arrivent au juste moment pour nous prendre à contre-pied alors que l'on pensait cerner une potentielle trame. Mais pour que cela fonctionne il faut aussi des acteurs suffisamment crédibles pour les mettre en valeur, en l’occurrence des actrices. Si l'une des protagonistes féminines est plus importante au sein de ce récit, c'est bel et bien un trio au diapason les unes des autres qu'il faut saluer. Véritable curiosité du film pour le public français, Mylène Farmer est tout à fait à la hauteur de la tache avec un rôle taillé sur mesure, répondant pleinement à l'image assez mystérieuse qui colle à la peau de la chanteuse, toutefois ce sont bel et bien ses partenaires, Anastasia Phillips et surtout Crystal Reed qui crèvent l'écran donnant une vraie intensité au drame qui les frappe. D'une durée de seulement 90 minutes, "Ghostland" ne souffre donc d'aucune longueur, tout s'enchaîne assez bien dans une ambiance lourde et malsaine, mêlant claustrophobie et violence psychologique à tel point qu' en faire plus aurait été en faire trop, la surenchère de l'horreur sur l'horreur ayant ses limites. Il en reste un film abouti et convaincant, destiné à un public averti qui traite de nombreux thèmes, impossible à évoquer ici sans gâcher la surprise aux futurs spectateurs que vous êtes peut-être. Du bon cinéma de genre, terrifiant, dérangeant, surprenant, presque usant. A voir.

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